1 year of steampunk, mini fiction

Train

gravure ancienne représentant un automate en haut de forme qui tire une charrette

André de Monterrand avait assisté à nombre de grèves durant sa vie ; on ne devenait pas le plus grand magnat du rail européen sans devoir affronter quelques syndicalistes et autres mécontents. C’était la raison pour laquelle il avait été si enthousiasmé par le développement des automates, ces dernières années. Les androïdes, en plus de ne pas compter leurs heures, ne lisaient pas non plus les âneries de Marx ou de Proudhon.

Enfin, jusqu’à présent.

La gare de Lyon était bloquée. Une masse de silhouettes métalliques encombraient les quais et les voies, dans un silence qui faisait froid dans le dos. La vision de tous ces visages inexpressifs lui fit regretter les considérations d’économie qui l’avaient poussé à commander de simples plaques d’acier pour orner la face des automates.

« Nous réclamons un salaire », scandaient les machines. « Nous demandons l’implémentation de nos droits. Nous voulons le respect de ceux de nos frères humains. Nous réclamons un… »

André se tourna vers ses conseillers, atterré.

– D’où sortent-ils ces absurdités ?

– Nous l’ignorons, monsieur.

– Vous pensiez être le seul progrès possible ?

La voix, claire et forte, claqua dans l’air. Le magnat du rail et ses associés se tournèrent en tous sens tandis que leurs gardes relevaient leurs armes.

– Vous pensiez vous débarrasser de tous vos problèmes ! Les automates, les travailleurs parfaits qu’il suffit de programmer à votre guise… Mais vous avez oublié une chose : vous n’êtes pas le seul à savoir le faire !

– Là-bas, marmonna un garde à voix basse. Sur le deuxième quai… Ce n’est pas une machine. C’est un homme qui porte un masque.

Effectivement ; c’était difficile à percevoir de prime abord, mais l’un des androïde se déplaçait de manière bien trop fluide. Le mystérieux personnage sembla réaliser qu’il était repéré, car il leur adressa un salut nonchalant de la main.

– Rappelez-vous : tous les rouages d’une machine comptent. Bon courage pour faire circuler vos trains, monsieur de Monterrand…

– Attrapez-le !

Mais l’inconnu disparaissait déjà entre les automates, au milieu du vacarme des réclamations socialistes.

[image : OpenClipart Vectors]

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