1 year of steampunk, mini fiction

Feu

foyer d'une forge. Dans la partie gauche, un homme frappe le métal, coupé par le cadre de manière à ce qu'on ne voit que ses bras.

Léon entendit les tintements sonores du métal frappant le métal bien avant d’arriver devant la forge. La familiarité qui l’envahit aussitôt était teintée d’une incontrôlable nostalgie, qui lui fit monter les larmes aux yeux. Il les ravala vivement : jamais son maître n’apprécierait une telle marque de faiblesse.

Il passa la porte en silence pour se retrouver face au dos voûté de son vieux maître. Jacques Ferrant n’avait pas changé, si ce n’est que ses cheveux avaient blanchi ; son bras, en tout cas, s’abattait toujours avec autant de force et de précision. Léon le regarda modeler rapidement le métal, appréciant le talent à l’œuvre.

Puis son ancien maître se tourna pour plonger son ouvrage dans le seau afin de le tempérer. Et ce faisant, il se figea soudain, les yeux fixés sur Léon. Comme toujours, son visage bourru ne révélait rien de ce qu’il pensait.

« Bonjour, maître. »

Avec un grognement, le forgeron se remit à l’ouvrage. Léon le suivit jusqu’à l’imposant âtre de la forgeron, où les braises dégageaient une intense chaleur.

« Qu’est-ce que tu fais là ? L’usine ne te convient plus ? »

Léon déglutit. Il avait préparé ses arguments avant de venir, mais son esprit s’était comme vidé en chemin.

« Je… Je veux revenir. Reprenez-moi comme apprenti, je vous en prie. Laissez-moi finir mon compagnonnage. J’ai eu tort. Ces usines… On n’y fait rien de beau. Les ouvriers s’épuisent à l’ouvrage, ils s’étouffent sur la suie des hauts fourneaux. Les contremaîtres sont sans pitié… Vous aviez raison. Je ne veux plus de tout ça. »

Ferrant resta silencieux tout du long, les yeux fixés sur le métal qui rougeoyait au bout de sa pince. Léon attendit, se mordant les lèvres pour s’empêcher d’en dire plus. Ça n’aurait servi à rien.

Finalement, son maître retourna à l’enclume. Dos tourné, il se contenta de dire de sa voix grondante :

« Occupe-toi du feu, petit. »

C’était la tâche que l’on confiait aux plus inexpérimentés des apprentis ; mais Léon se mit aussitôt à l’ouvrage, le cœur dansant de joie.

[image : Graham-H]

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